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29.03.2008
Rendez-vous à Tsukiji
Huit heures de décalage horaire, cela ne se rattrape pas d’un coup de baguette magique. Comme j’ai une fâcheuse tendance à me réveiller vers 4 heures du matin, autant tirer avantage de cette situation désagréable. J’ai donc décidé de me rendre vendredi matin dans un lieu que je souhaitais arpenter depuis longtemps : Tsukiji.
Comme j’habite au nord-ouest de Tokyo et que le marché se trouve au sud-est de la ville, le long de la rivière Sumida, il me faut me lever tôt. 5h01 : premier train pour Ikebukuro. Une heure et deux changements plus tard, je débarque à Tsukiji. Avisant un groupe de touristes occidentaux qui passait par là, je me joins à eux. En quelques minutes, plongée au coeur d’un monde en fureur, plein de bruits et d’odeurs. Tsukiji mérite décidément son qualificatif de "plus grand marché aux poissons du monde".

Sans grand espoir, je me dirige vers la criée au thon qui a débuté à 5 heures. Pari réussi : dans un gigantesque hangar, en retrait, un attroupement d’hommes. L’un d’eux harangue ses compagnons en modulant sa voix et en agitant son bras. Les acheteurs, à peine reconnaissables, esquissent quelques gestes pour surenchérir sur un thon qu’ils convoitent. C’est que les Japonais rendent un véritable culte au thon (maguro). Des émissions entières lui sont consacrées et un champ lexical, connu de tous, permet d’en distinguer les morceaux de choix. C'est le poisson-roi des gourmets.
Des bestioles de deux mètres gisent à mes pieds. Acquises à prix d'or, elles peuvent rapporter gros à leurs acheteurs si ceux-ci ont sû déceler tout le potentiel qu'elles renferment dans leurs entrailles. Plus la chair du monstre marin est grasse, plus le commerçant saura en tirer parti et appâter ainsi les grands marchands de sushi.

Après la criée, direction les échoppes des vendeurs qui se pressent les unes à côté des autres. Certains ont commencé la découpe des thons qu’ils viennent d’acheter pour les vendre ensuite, par longues tranches rougeâtres, aux marchands de sushi. Longs couteaux aiguisés qui luisent à la lumière artificielle.

D’autres présentent sur leur étal divers produits de la mer : seiches, poulpes, encornets, grondins rouges, turbots, crabes des sables, crevettes d’Hokkaidô, huîtres, congres, oeufs de saumon… Et parmi cette faune bigarrée et visqueuse, émergent des animaux bizarres qui semblent sortis tout droit d’un roman de science-fiction.

Je me fraie avec difficulté un passage parmi les badauds et les marchands, photographie avec avidité les étalages et contemple, fascinée, toutes ces créatures aquatiques qui exhibent sans pudeur aucune leurs écailles, leurs tentacules et leurs ventouses. Mais attention de ne pas déranger les hommes qui conduisent à grande vitesse de petits monte-charges et des charrettes, pressés qu’ils sont d’acheminer leur cargaison à bon port.


Presque deux heures d’un ballet tourbillonnant et déconcertant. Finalement, c’est à regret que je laisse ce petit monde derrière moi. Je veux me rendre dans un restaurant de sushi (sushiya-san) que m’a conseillé le vendeur de crevettes d’Hokkaidô. Après quelques difficultés pour localiser la devanture du Ryûzushi, j’atterris dans un minuscule endroit. Capacité : pas plus d'une dizaine de clients qui prennent place autour d’un bar. Un cuisinier s'y affaire avec dextérité. En quelques secondes, le poisson frais et fondant est présenté au client. Ici, point de baguettes : les sushis sont directement mangés à la main. Et à 9 heures du matin.
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